FIN DU GLYPHOSATE, les vignes de Château-Bas ne sont pas concernées.

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[Les vignes de château Bas, en juin à Vernègues. Le vigneron Philippe Pouchin se passe de tout herbicide depuis plusieurs années. Photo archives Patrick Nosetto]

 

Le climat provençal, sec et venté, rend moins indispensable les traitements phytosanitaires. Nombres
d'agriculteurs du pays d'Aix l'ont déjà compris, qui poussent le désherbage sans chimie. Même si le glyphosate
molécule active du Roundup, l'herbicide le plus vendu dans le monde, est encore loin d'être rangé sur l'étagère
des souvenirs.


Chaque année, les agriculteurs de France font de ce produit l'un des outils phares de leur production, alors qu'i5
est pourtant classé "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer (une agence
de l'OMS)


En 2014 (année plutôt humide, ceci expliquant cela), la France consommait encore 28 000 tonnes de
désherbant (toutes marques confondues), 4 000 tonnes pour la seule région Paca la même année. Et ce
malgré un plan national de sensibilisation Écophyto (pour économie de produits phytosanitaires) lancé dès 2009
par le ministère de l'Agriculture et qui visait à réduire de moitié la consommation de produits phyto dans les dix
ans. Devant le succès, disons d'estime, du premier volet, le précédent gouvernement avait rallongé le délai
passant à Ecophyto II et à l'horizon 2025.


L'Europe commence à évoluer


Mais sous l'impulsion de plusieurs pays de l'Union européenne (France, Italie, Autriche...), les choses pourraient
bien s'accélérer. L'autorisation de mise sur le marché du glyphosate, qui expire au 15 décembre, semblait bien
partie pour un nouveau bail de dix ans. Mais la Commission européenne parle désormais d'une re-homologation
pour cinq à sept ans seulement (certains pays demandent même trois ans). Une catastrophe pour l'agriculture
française ? Pas si sûr, répondent plusieurs acteurs de la filière en pays d'Aix.

"Le glyphosate, on l'utilise encore, mais on a déjà largement baissé les volumes depuis quelques années

constate ainsi Georges Guiniéri, président de la coopérative des Vignerons du mont Sainte-Victoire (Puyloubier)
principal producteur des côtes de provence. Personnellement, je cultive les deux tiers de mes parcelles sans
glyphosate, l'une de nos coopératrices a franchi le pas et est passée au bio (où la molécule est interdite, NDLR)
Je suis persuadé qu'on peut faire sans." La viticulture provençale est en fait plutôt en pointe dans cette
démarche. Le climat méditerranéen, très sec, freine naturellement l'enherbement et les machines-outils viticoles
de plus en plus performantes, permettent de substituer à la chimie le traitement mécanique (faucher, écraser
retourner)


L'Association des vignerons de la Sainte-Victoire, qui défend les intérêts de la dénomination côtes de provence
sainte-victoire, a ainsi multiplié les journées techniques de démonstration du travail mécanique des sols. "Pas
pour la beauté du geste, mais parce qu'il y a une vraie volonté des consommateurs d'aller vers moins de chimie
et que je pense qu'on est parfaitement et naturellement placé dans notre région pour répondre à la hausse de la
demande en vins bio", estime Jean-Jacques Balikian, directeur de l'association.


Laquelle met également en avant les aides européennes à l'investissement dans les outils mécaniques de
traitement des sols. "Ce sont des primes incitatives, il me semble judicieux d'en profiter tant qu'elles sont là
poursuit-il. Si à un moment, les produits phyto sont interdits et que le mécanique devient la norme, ces aides
disparaîtront sûrement...


L'avis de Thierry Blanchard, céréaliculteur : "Laisser aux industriels le temps de trouver autre chose


Mais il faut pour cela que les agriculteurs acceptent de changer leurs modes culturaux, une petite révolution pas
si simple à mener dans les exploitations. Et si viticulture ou maraîchage ne semblent pas loin de pouvoir
basculer sans trop de heurts, il n'en va pas de même dans l'arboriculture ou les grandes cultures, comme les
céréales.


Au regard de la forte pression sociale pour la réduction de la chimie, les agriculteurs risquent bien de n'avoir
guère le choix.


Le Parlement européen veut la disparition du glyphosate d'ici fin 202?


Guénaël Lemouée [source : La Provence du 30 octobre 2017]